Région Poitou-Charentes - Espace environnement industriel : AIR


 
Fluor : un impact sanitaire et environnemental
 
Les composés fluorés, généralement présents sous forme de fines poussières peuvent constituer un danger pour la santé en raison notamment de la capacité des végétaux à les accumuler et de la contamination possible des chaînes alimentaires qui peut en résulter. A l' état gazeux, le fluor est extrêmement irritant, tout comme le fluorure d'hydrogène qu'il forme au contact de l'humidité. En cas d'intoxication aiguë, survient une irritation pulmonaire intense avec risque d'œdème aigu du poumon. Dans le cas d'une intoxication chronique, des troubles des voies respiratoires liés à l'irritation chronique des voies aériennes peuvent être constatés, ainsi que des troubles digestifs. Concernant l'impact sur la végétation, les composés fluorés peuvent faire apparaître des nécroses sur les feuilles de cultures ou d'arbres ainsi que des perturbations de la fructification.
 

Lafarge Couverture et Saint-Gobain Terréal
 

Roumazières Loubert est située en Charente Limousine dans un secteur où les argiles du jurassique sont abondantes. La fabrication de briques et de tuiles est donc une activité traditionnelle dans cette région.

Aujourd'hui deux établissements importants perpétuent cette tradition : Lafarge Couverture et Saint-Gobain Terréal.

Dans le process de fabrication des tuiles, la phase cuisson des argiles (vers 1000° C) libère les composés fluorés, contenus naturellement dans l'argile extraite localement, sous forme d'hydrogène fluoré. En se condensant, ce gaz rend les fumées acides et polluantes.

Ainsi ces deux établissements rejetaient annuellement environ 250 tonnes de composés fluorés. A la demande de l'inspection les sociétés Lafarge Couverture et Saint-Gobain Terréal ont établi un programme pluriannuel de mise en place d'unité de traitement des rejets atmosphériques sur chaque ligne de fabrication.

Entre 1999 et 2002, sept points de rejets ont été équipés.

Afin de neutraliser l'acidité, les fumées sont filtrées au travers de grains de calcaire. Au contact du calcaire, l'hydrogène fluoré se transforme en une fine pellicule de fluorure de calcium. Cette poudre est collectée dans des containers fermés. Elle est ensuite transportée à la cimenterie Lafarge à La Couronne où elle est intégrée à la matière première entrant dans le four à ciment. Cette valorisation matière constitue pour la cimenterie une sourcecomplémentaire de calcium et l'action du fluor permet une baisse de la consommation d'énergie.

Le taux de fluor dans les fumées des fours de Roumazières a été ramené de 150 mg/m3 à environ 2 mg/m3.

En 2002, les deux usines ont rejeté environ 110 tonnes de composés fluorés soit une réduction de 56 % par rapport à 1998.

En 2003, première année de fonctionnement de l'ensemble des unités de traitement cette réduction devrait atteindre environ 98 %.

 

Un travail en partenariat avec ATMO Poitou-Charentes
 

Compte tenu des quantités de polluants rejetés et de leur impact potentiel sur la santé et l'environnement les deux industriels ont fait appel aux services d'ATMO Poitou-Charentes afin de mettre en place un dispositif de surveillance de la qualité de l'air à proximité des deux entreprises.

Des mesures de fluor sont réalisées chaque jour et permettent d'apprécier l'impact des travaux mener par les industriels sur la qualité de l'air ambiant.

En 1998, avant la mise en place de ces unités, d’importants effets sur la végétation sont constatés et la valeur guide de 1 µg/m3 en moyenne annuelle recommandée par l’OMS est dépassée. Le graphique ci-contre montre l’importance de la réduction des concentrations en fluor dans l’air ambiant.

La valeur guide de 1µg/m3 en moyenne annuelle recommandée par l'OMS est respectée depuis l'année 2000 mais des impacts sur la végétation étaient toujours constatés sur la commune de Roumazières-Loubert. Cet impact était en corrélationavec le dépassement de valeurs américaines et des Pays-Bas concernant la protection de la végétation. Pour la première année en 2002, les concentrations de fluor à Roumazières-Loubert respectent à la fois la valeur guide OMS et les normes existantes aux Pays-Bas et aux USA. La végétation aura sans doute besoin de temps pour effacer les traces de la pollution des années précédentes mais aucune nouvelle nécrose n'aurait été constatée en 2002.

 

Surveillance dans l'environnement

Le 6 novembre 1997 : première mesure en automatique des fluorures totaux dans l'air ambiant à Roumazières-Loubert. ATMO Poitou-Charentes mesure les fluorures totaux dans l'environnement proche des tuileries. Des prélèvements journaliers sont effectués sur le site de la caserne des pompiers à l'aide d'un collecteur automatique de particules DPA96M-16 au débit de 16 à 18 m3 par jour.
Ce préleveur permet d'effectuer 16 prélèvements sur filtres imprégnés de soude, les échantillons stockés sur place jusqu'au changement de la série sont ensuite récupérés et apportés au Laboratoire Départemental d' Analyse de Charente-Maritirne qui les analyse par potentiométrie en suivant la norme AFNOR NP T 90-004.
Le 6 avril 1999, la mesure des fluorures est couplée avec celle du vent sur le site (direction et vitesse).
Le 20 février 2002, la pluviométrie fait l'objet d'un suivi horaire sur Roumazières-Loubert.
 

Quelques chiffres
 
Evolution des concentrations en fluorures totaux dans l'air ambiant
 
 
Evolution des rejets (en tonnes/an)
 
 
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
Saint-Gobain Terréal
132
132
94
93
136
136
73
Lafarge Couverture
51
60
55
92
88
45
35